Les passages forment un ensemble architectural important au sein du patrimoine bâti parisien. Ce sont des curiosités pleines de charme aux décors qui nous font voyager dans le temps, à l’époque du second empire…Construits vers le début du XIXe siècle, les passages sont des galeries percées au milieu des immeubles et en général, couvertes d’une verrière. On les retrouve presqu’exclusivement sur la rive droite de la Seine, principalement dans cinq secteurs: autour de la Madeleine, du Palais Royal, des grands boulevards, des portes ou de la République.
Les passages permettaient aux promeneurs de se déplacer et faire des achats au sec à une époque où n’existaient ni trottoirs, ni égouts . Paris en comptait jusqu’à 150 vers les années 1850, mais il n’en resterait qu’une trentaine aujourd’hui. Les passages sont privés, normalement d’usage public et sont le plus souvent habités aux étages. Plusieurs sont inscrits «monuments historiques» et la Ville de Paris met actuellement tout en oeuvre pour sauvegarder ce patrimoine en apportant une aide aux propriétaires.
GALERIE VÉRO-DODAT
La galerie Véro-Dodat est construite en 1826 par deux investisseurs qui lui lèguent leur nom. Dans le premier arrondissement, à quelques pas du Louvre elle est une des rares galeries couvertes de ce quartier. La galerie relie les rues Jean-Jacques Rousseau et Beloi et ses initiateurs désiraient créer un agréable raccourci entre le Palais-Royal et les Halles, deux endroit fort fréquentés à l’époque.
L’architecture de la galerie est élégante et certains aspects de son aménagement, comme la trame diagonale de son dallage en marbre noir et blanc, contribuent à donner l’illusion de profondeur (malgré ses 80 m). Le plafond est partiellement vitré et là où la verrière est interrompue, des caissons sont joliment décorés de paysages peints.
La galerie a été complètement restaurée en 1997. Aujourd’hui on y trouve des galeries d’art, des boutiques élégantes et d’objets anciens, des restaurants et brasseries. Tout comme pour la galerie Vivienne, la mode y est à l’honneur, surtout en raison de la présence de Christian Louboutin, créateur de souliers de luxe.
PASSAGE DU GRAND-CERF
Construit en 1825, le passage du Grand-Cerf est le plus haut des passages parisiens avec sa verrière qui s’élève à près de 12 m, ce qui a permis l’aménagement de trois étages sous celle-ci. Il relie les rues Saint-Denis et Dussoubs, dans le secteur des portes, quartier Montorgueil (2e arrondissement) et fait 177m de long.
Sa structure impressionnante est faite de métal, fer forgé et verre, les devantures de boutiques sont en bois et la décoration est simple et sobre, dans un style néoclassique. C’est un passage majestueux et de bon goût, entièrement restauré en 1990. Nous ne sommes pas tant dans le luxe, mais dans le beau. L’art et l’artisanat y sont à l’honneur et une trentaine de boutiques d’artisans, créateurs et designers y offrent leurs produits…Mobilier, bijoux, tissus, objets auxquels on a donné une seconde vie, artisanat indien ou africain…C’est l’endroit tout indiqué pour dénicher des objets exclusifs et créatifs…en continuité avec ses origines puisque ce passage était à l’époque plutôt destiné à la production et à l’artisanat qu’au luxe, contrairement à d’autres galeries.
On y retrouve aussi un charmant bistro-bar à vin, le «Pas sage», où l’on sirote un verre accompagné de charcuteries de qualité (si l’on aime), implanté à l’extrémité «Saint-Denis» du passage. Sa devanture branchée rue Saint-Denis contraste avec les néons des commerces que l’on retrouve sur cette vieille rue d’un quartier «chaud» de Paris.
PASSAGE BRADY
Situé dans le 10e arrondissement, dans le quartier de la Gare de l’Est, le passage Brady est érigé en 1828. Il est l’oeuvre de deux promoteurs (M. Briavoine, négociant et M. Brady, commerçant) qui ont été forcés de modifier leur projet initial de créer la plus longue rue couverte de Paris. Le passage de 216 m s’est finalement divisé en deux sections d’un côté et de l’autre du boulevard de Strasbourg, l’une couverte d’une verrière (vers le 43 de la rue du Faubourg Saint-Martin) et l’autre à ciel ouvert (vers le 46 de la rue du Faubourg Saint-Denis).
L’étroit passage Brady est probablement le plus exotique de tous les passages parisiens. On le surnomme la «little india» de Paris. La visite du passage est saisissante pour tous les sens…musique Bollywood, odeurs d’épices et d’encens, tissus et habits colorés…On est transportés! Boutique de produits ayurvédiques, restaurants, coiffeurs et autres commerces indo-pakistanais, réunionnais et mauriciens s’abritent sous la verrière. De l’autre côté du boulevard Strasbourg, d’autres restaurants indiens y ont élu domicile. Le passage est inscrit au titre des monuments historiques depuis 2002.
PASSAGE CHOISEUL
Long de 190 m, le passage Choiseul est répertorié comme le plus long passage couvert de Paris. Érigé en 1829 à l’emplacement de quatre hôtels particuliers, il est avantageusement situé tout près des Grands Boulevards (Bonne Nouvelle – Capucines – Montmartre – des Italiens – Poissonnière), dans le 2e arrondissement, secteur qui constitue à l’époque de sa construction, le coeur de l’élégance de Paris. Cet emplacement lui assure un succès rapide. Situé entre la rue des Petits Champs au sud (40) et la rue Saint-Augustin au nord (23), le passage Choiseul forme le prolongement de la rue du même nom.
Comme plusieurs passages de la ville, il tombe graduellement en désuétude, alors que les lieux de prestige se déplacent et les habitudes des parisiens se modifient. Au début des années 1970, le passage Choiseul renaît de ses cendres lorsque la boutique branchée de Kenzo s’y installe et connaît une nouvelle baisse de fréquentation suite au déménagement du célèbre couturier vers la place des Victoires.
Une restauration complète récente (2012) a permis au passage de retrouver sa splendeur d’antan. L’enfilade d’arcades, coiffée d’une verrière abrite aujourd’hui un mélange de commerces (restaurants et boutiques de prêt-à-porter, chaussures, livres, décoration, etc.) qui ressemble en tout point à bon nombre de rues commerciales de la ville, abstraction faite du décor: belles devantures de bois et pilastres de marbre ornés de chapiteaux. Deux marquises couvrent élégamment comme à l’époque, les entrées du passage.
Une réflexion sur “Paris méconnu – Les passages couverts – 2ème partie”